Rob Halford - Du chaos à l'harmonie

Rob Halford va bien, Rob Halford aime la vie. Enfin, surtout depuis qu'il a décroché de ses addictions et qu'il sait gérer ses émotions. Et depuis qu'il a terminé l'écriture de sa biographie, Confess, Ma Confession, coucher sa vie chaotique sur le papier lui a donné un beau panorama de ce qu'il y avait déjà derrière lui.  Avec sa franchise coutumière, le Metal God jette avec nous un petit coup d'oeil dans le rétro.  

Tout d'abord comment vas-tu ? Comment a été l'année passée pour toi et comment as-tu géré la situation en tant qu'être humain et en tant qu'artiste ? 

Merci de poser la question, je vais super bien. Je suis absolument ravi d’avoir eu cette opportunité, car on dit que « toute chose a ses bons et mauvais côtés », et le bon côté pour moi, c’est Confess. C’est fou comment fonctionne la vie. Si ça avait été autrement, qui sait si nous aurions pu faire cette grande aventure avec Confess et avoir cette superbe occasion de le promouvoir partout dans le monde. J’ai été très occupé là-dessus et aussi à recaler tous les concerts du Priest pour l’année prochaine. Je m’estime heureux parce qu’avec la famille Halford et la famille Priest, nous avons pu traverser ensemble cette pandémie. Certains de mes amis n’ont pas eu autant de chance. Ils sont tombés malades de ce virus, comme mon ami Maynard [James Keenan], par exemple. Maynard a attrapé deux fois le virus ; heureusement, il a survécu. Nous avons perdu tellement de belles personnes. Mais bref, c’est super que les vaccins soient là maintenant, Dieu merci. Nous commençons tout doucement à nous retrouver et nous attendons avec impatience de repartir sur la route avec Judas Priest et faire ce que nous faisons.

Pourquoi avoir écrit tes mémoires maintenant plutôt que, disons, il y a dix ans ? As-tu voulu les faire coïncider avec les cinquante ans de Judas Priest ou y a-t-il une autre raison plus profonde ?

On dit que notre vie est un voyage et je pense que c’est vrai. C’est aussi un petit peu comme si on prenait un train allant de Londres à Paris, et on commence à parler de notre vie à Londres, mais elle ne se termine que lorsqu’on arrive à Paris. Il faut qu’au moment où l’opportunité se présente, tu aies le sentiment d’avoir une plus grande histoire et un plus grand voyage à raconter. Des éditeurs m’avaient contacté à la fin de ma trentaine ou au début de ma quarantaine. Je disais toujours que c’était trop tôt. Je voulais avoir plus de kilomètres dans les jambes. Maintenant, ça me paraît bien, ça semble être le moment adéquat. Il m’est arrivé beaucoup de choses entre mes quarante ans et aujourd’hui. Je pense que c’est le meilleur moment pour faire une autobiographie, quand on a vécu une vie aussi belle, longue et remplie, et qu’on est encore en train de la vivre [rires].

Contrairement à beaucoup de biographies rock qui ont tendance à se focaliser sur un groupe et une carrière, tu parles principalement de toi en tant qu’être humain – c’est même par moments vraiment déchirant. Quand tu as entrepris cette aventure d’écrire un livre, avais-tu dès le début prévu d’être aussi sincère ? Y avait-il des moments où tu t’es arrêté pour te demander : « C’est vraiment très personnel. Faut-il vraiment que j’en parle ? »

Je suis comme ça, c’est tout. Je suis une personne très ouverte et honnête. Vous obtiendrez mon avis, peu importe si j’ai raison ou tort. Je pense que c’est ça quand on vit sa vie dans ce monde. Tout le monde a le droit de s’exprimer, peu importe le moyen. J’ai tendance à penser que quand on est sobres, on devient intrépides. Rien ne peut nous faire du mal. La peur n’est de toute façon qu’une émotion, un concept imaginaire qui gagne en substance seulement quand on la laisse contrôler notre vie. Pour moi, à partir du moment où j’ai été sobre dans ma vie, il fallait que je sois intrépide, que je sois honnête et ouvert, et il fallait que je dise la vérité. Ceci étant dit, ce livre n’aurait jamais vu le jour sans Ian Gittins. Quand je traitais de parties de ma vie qui étaient difficiles, je disais à Ian : « Penses-tu qu’on devrait dire ça ? » Et il répondait : « D’après mon expérience personnelle, je pense que c’est mieux de ne pas t’arrêter dans ton élan, continue à avancer. On parlera de tout. Si tu ne veux pas parler de certaines choses, c’est ta vie, c’est ton livre, mais je pense que si tu parles de tout, à la fin on pourra regarder le tableau d’ensemble et voir si tu es à l’aise avec ci et ça. » On ne peut pas effacer des parties de notre vie, il n’y a aucune raison de faire ça. Aussi difficile cela puisse être, je pense que si on omet des choses, on se présente de manière incomplète, ça brise la chronologie et, en partie, qui on est à l’intérieur. Donc nous avons foncé, nous avons tout dit.

Je n’ai pas souvenir que tu mentionnes ça dans le livre, mais j’ai lu dans une interview que tu n’avais vu un thérapeute qu’une seule fois dans ta vie. Pensais-tu que ce n’était pas le bon moyen pour te soigner et acquérir la tranquillité de l’esprit ? Est-ce qu’écrire tes mémoires a servi de thérapie ?

Je pense que le livre a été une thérapie en soi. J’ai découvert plus de choses sur moi-même en rédigeant ce livre parce que je comprends que ce à quoi on fait face dans la vie, les bons moments et les pas si bons moments, les célébrations et les déceptions, c’est ce qui fait de nous qui on est. Selon moi, être en lien avec soi-même, particulièrement mentalement, c’est vital. C’est vraiment vital pour nous d’essayer de trouver un équilibre et une harmonie avec notre santé mentale. Je pense y être parvenu avec ce livre, dans une certaine mesure. Si on regarde les retours que j’ai eus, on ne s’attend pas aux magnifiques messages que je reçois sur mes réseaux sociaux et via d’autres canaux, qui disent : « Rob, j’ai moi-même connu ça, j’étais dans une mauvaise passe » ou « J’ai moi-même vécu des moments difficiles avec l’alcool » ou peu importe quoi. Ce sont des bénédictions supplémentaires. La véritable essence de ce livre est que c’est une histoire d’amour ; c’est l’histoire d’amour de ma vie. La vie est une magnifique aventure. Peu importe à quel point ça peut être difficile, il y a toujours une part d’amour et de soutien. Ce sont de super éléments qu’on retrouve dans le livre, et je ne m’en étais pas rendu compte avant qu’il soit terminé.

« J’aurais fait mon coming out plus tôt si j’avais su que ça n’allait pas avoir d’effet néfaste. Mais à l’époque, surtout dans les années 80, le monde était différent. »

Tu dis clairement dans le livre que tu as caché durant toutes ces années ta sexualité parce que tu craignais l’impact que ça pourrait avoir sur la carrière de Judas Priest et sa réputation. Avec le recul, si tu avais su le peu d’importance que la communauté metal accorderait à ça, aurais-tu fait ton coming out plus tôt ?

Probablement, rien que pour ma propre tranquillité d’esprit. J’ai toujours dit que mon identité sexuelle – notre identité sexuelle à tous – ne devrait rien avoir à faire avec la profession qu’on exerce. La musique, c’est de l’émotion. La musique est une part vraiment intrinsèque de la vie de tous, surtout les messages qu’elle contient. C’est là qu’on pourrait dire que, peut-être, on devrait incorporer nos propres messages intérieurs dans les chansons qu’on écrit, mais ça n’a jamais été mon rôle dans Judas Priest. Mon rôle dans Judas Priest était – et est toujours – de parler de metal. Là où j’ai été le plus proche de ce type d’expression personnelle, notamment sur ma propre identité, c’était sur deux ou trois chansons que j’ai écrites. Encore fois, ce n’était pas mon intention, c’est juste que ça semblait être les bons mots pour les bons morceaux. Je pense que j’aurais fait mon coming out plus tôt si effectivement j’avais su que ça n’allait pas avoir d’effet néfaste. Mais à l’époque, même en y repensant aujourd’hui, je pense que le monde était différent, surtout dans les années 80, quand le sida faisait des ravages et que les homos étaient vus comme des parias, genre : « Les homos peuvent vous infecter, ne les touchez pas. » C’était horrible. Si tu prends tout ça en compte dans mon histoire, tu comprends que c’était très difficile de m’imaginer monter sur scène en voulant dire à tout le monde que je suis gay.

Tu penses que la communauté metal était davantage prête à ça au moment où tu as fait ton coming out que dans les années 80 ?

Oui, je pense que c’est pareil pour tous les grands changements dans la vie, c’est une question de timing. Parfois, la révolution c’est bien. Ça produit de grandes choses. Parfois, ce n’est pas si bien que ça. On voit ce qui se passe en Birmanie actuellement, c’est juste horrible, mais c’est une révolution, les gens se défendent. Je l’ai vu à Paris. J’étais à Paris quand les gilets jaunes se battaient pour ce en quoi ils croyaient. C’est la démocratie et c’est la liberté, mais quand on fait ça, il faut s’assurer qu’il y ait un dénouement. On ne peut pas être violent et faire du chahut sans un but à atteindre. C’est pareil quand on est gay, parfois il faut juste attendre le bon moment.

A quelques exceptions près, il y a encore très peu de personnes ouvertement LGBT dans la communauté metal – en tout cas, parmi les artistes. Penses-tu qu’il y a encore une stigmatisation des gays dans ce qui reste un genre musical très porté sur la testostérone ?

C’est comme dans le football, ou n’importe quelle discipline décrite comme étant masculine. Certains de mes amis sont des drag queens et ce sont les hommes les plus masculins que tu rencontreras de ta vie [rires], donc ça ne tient pas. Il y a encore un peu de ça, mais ce serait injuste de blâmer la communauté metal, car comme je l’ai découvert et comme j’en parle dans le livre, cette communauté est tellement belle, ouverte et tolérante. Quand on repense au passé, il y avait tout ce truc de machos, mâles alpha, « pas de pédé dans le metal », etc. mais ce n’était qu’une frange, ce n’est pas juste à mes yeux d’en faire une généralité. C’était là et ça l’est sans doute toujours, dans une certaine mesure, mais plus tellement aujourd’hui, pas quand on sait que Miley Cyrus va faire un album de metal [rires]. C’est malheureusement une condition humaine qui touche certains d’entre nous. Certains d’entre nous sont racistes, homophobes, fanatiques, etc. Telle est la constitution de l’humanité dans toute sa complexité. C’est notre manière de faire face aux choses, d’essayer de résoudre tous ces problèmes et de trouver un peu de paix, d’équilibre et d’harmonie qui constitue l’une de nos grandes opportunités dans la vie.

Dans le livre, tu racontes une anecdote : tu étais allé voir Spinal Tap au cinéma avec Glenn [Tipton] quand le film est sorti en 1984, et quelques metalleux ont quitté la séance parce qu’ils n’appréciaient pas que leur genre musical préféré soit moqué. Tu n’as aussi jamais caché ton amour pour Steel Panther, un groupe que tout le monde dans la scène n’apprécie pas forcément. Penses-tu que le metal soit un genre musical qui se prend trop au sérieux ?

Je pense que tu pourrais poser la même question sur la satire. J’adore la satire. Tout d’abord, la satire ne fonctionne qu’avec de grandes choses. On ne peut être satirique qu’au sujet d’un moment qui a eu un gros impact. Je pense qu’on pourrait faire de la satire dans le hip-hop, la country, la musique occidentale, etc. J’adore ce film, nous l’emportons dans notre bus de tournée. Il faut pouvoir se regarder et sourire. C’est la différence entre la satire et le ridicule. Ridiculiser c’est une forme d’agression, alors que dans la satire il y a beaucoup d’esprit et c’est très drôle. Ce film et ce que mes amis de Steel Panther font requièrent du talent. Je suis à fond pour ça. Je trouve que la satire fonctionne le mieux quand c’est fait intelligemment, et c’est exactement ce que mes amis de Steel Panther font.

As-tu jamais eu la réponse à la question de savoir si le côté drama de Spinal Tap était inspiré de Judas Priest ou pas ?

Je n’ai jamais eu la réponse, non [rires]. Il y avait des sources officieuses qui disaient que Rob Reiner avait fait des recherches pour le film Spinal Tap autour de groupes comme Priest, Maiden et ainsi de suite. C’est à peu près le meilleur lien que l’on a dans le monde réel.

« Je pense que c’est utile de faire preuve de réserve, surtout dans le monde de Twitter. Quand tu es réservé, tu réfléchis avant de faire une déclaration. C’est une bonne qualité. »

Quand tu parles de Jack Nicholson, Cher ou Lady Gaga dans le livre, tu ne minimises pas le fait que tu es un fanboy. En ayant ça en tête, comment réagis-tu quand les gens commencent à faire les fanboys avec toi et te disent à quel point toi et Judas Priest êtes importants pour eux ?

Fut un temps où je me sentais très gêné, genre : « Je n’aime pas ça, je ne suis pas là pour ça. » En vieillissant, j’ai compris ce que ça voulait vraiment dire. C’est une relation que l’on a avec les gens qu’on aime, que ce soit dans la musique, un acteur de cinéma ou un peintre. C’est de l’admiration. J’allais me qualifier de héros – je ne suis pas un héros – mais ce que je dirais, c’est que le monde a besoin de héros et non pas de gens sur un piédestal. On a besoin de héros et d’événements sur lesquels se focaliser pour en tirer du bon. Je le comprends maintenant. Quand un gros costaud me prend dans ses bras et commence à pleurer, je sais ce que ça veut dire et j’aime ça. Encore une fois, c’est juste un magnifique témoignage d’amour envers une personne ou un groupe pour ce qu’ils ont apporté à leur vie. Parfois, c’est bizarre quand je suis dans mon supermarché, en train de pousser mon chariot et de prendre du lait, et que quelqu’un dit : « Oh, Metal God, Metal God ! Laisse-moi prendre une photo ! » alors que je n’ai pas mes habits de scène, je porte un vieux T-shirt débraillé et une casquette de baseball. La personne me reconnaît quand même à cause de mes oreilles [rires]. J’adore, c’est magnifique.

Tu es l’un des plus grands noms dans le metal, mais tu es aussi extrêmement anglais, avec tout ce que ça implique en termes de réserve et d’humour pince-sans-rire. Il y a donc une incroyable dichotomie dans le livre entre les choses extraordinaires dont tu parles et la manière très directe dont tu en parles. Est-ce que le fait d’être anglais et célèbre crée un sentiment schizophrénique parfois ?

Oui. Je vois ce que tu veux dire. Je pense avoir mentionné dans le livre le fait que j’ai du mal à me voir sur scène, d’abord parce que je suis là : « C’est qui ce gars ? Qu’est-ce qu’il fait ? Comment peut-il faire ça avec sa voix ? C’est complètement dingue ! » Il y avait un super reportage sur la BBC il n’y a pas longtemps sur le côté réservé des Anglais. Pendant très longtemps, c’était : « On ne parle pas de ce genre de chose » ou « On ne prononce pas le mot ‘enceinte’, on ne dit pas ces choses », mais c’est révolu, heureusement. Je pense que c’est utile de faire preuve de réserve, surtout dans le monde de Twitter. Quand tu es une personne réservée, tu réfléchis avant de faire une déclaration. Je pense que c’est une bonne qualité, le fait d’avoir un comportement réservé peut avoir des avantages.

Il n’y a absolument aucun règlement de comptes dans le livre, que ce soit concernant le moment où tu t’es soudainement retrouvé hors de Judas Priest ou la démission de KK [Downing] en 2011. Est-ce parce que tu n’as vraiment aucune rancœur ou parce que, comme tu le dis toi-même, tu détestes les conflits et ne veux pas contrarier les gens avec ce livre ?

C’est complexe, n’est-ce pas ? Je suis très content d’avoir pu faire passer ce type de conditionnement mental que j’ai. Je n’essaye pas d’éviter les conflits, j’espère juste que, si on rencontre une situation conflictuelle, on pourra être suffisamment intelligent pour en parler et le résoudre. Les difficultés que j’éprouve face aux confrontations explosives remontent à ma petite enfance – j’en parle dans le livre. J’arrive à beaucoup mieux gérer ça maintenant parce que l’âge apporte de la sagesse et on arrive à mieux jauger le conflit et l’émotion qu’il y a derrière. C’est une part de soi avec laquelle on espère grandir et évoluer. Je dirais ceci au sujet de la rancœur et de la vengeance : quand on commence à ressentir ça, on injecte du poison dans notre corps, on laisse cette situation ou cet individu entrer dans notre corps d’une manière très négative et destructrice. Ça ne sert à rien, si ce n’est à rendre les choses sombres et moroses. Faire une déclaration sur quelque chose qui s’est produit – un fait réel – ou avoir un avis sur le sujet à cause des conséquences, ça va, mais entretenir de la rancœur, de la colère ou une vengeance c’est mauvais pour soi.

Dans Confess, tu mentionnes aussi que tu as brièvement songé à la retraite. Est-ce quelque chose que tu as toujours dans un coin de ta tête, ou te vois-tu faire des albums et tourner jusqu’à ce que tu ne puisses physiquement plus tenir debout sur scène ?

Je vais de te dire, quand tu es sur la route, tu es là : « C’est bon ! A la fin de cette tournée, je ne vais plus jamais tourner ! » Puis tu rentres chez toi et deux semaines plus tard, tu te dis : « J’aimerais repartir sur la route. » C’est fou [rires]. J’étais en train d’échanger des SMS avec Richie [Faulkner] – nous le faisons souvent –, j’ai oublié de quoi nous parlions, de différents projets et autres, et tout d’un coup, je lui ai dit quelque chose du genre : « Je n’ai pas prévu de raccrocher le micro » et il a répondu avec des smileys et des feux d’artifice [rires]. A partir du moment où tu te mets à dire ça un jour, c’est la fin, tu commences déjà à décompresser et c’est dommage. Je trouve que la vie est un don tellement magnifique que, quand on le peut, il faut essayer d’en tirer un maximum chaque jour. Tous les jours il y a quelque chose, que ce soit une belle session Zoom comme en ce moment, le fait de lire un livre, regarder un film, écrire de la poésie… Tous les jours, il faut essayer de faire quelque chose de façon à ce qu’à la fin de la journée, quand on va se coucher, on réalise que c’était un bon moment, même si ça n’a duré que deux minutes, c’est quelque chose qui a marqué la journée et dont on se souvient. Je n’ai pas prévu quoi que ce soit. Je crois avoir mentionné dans le livre qu’il faudrait me sortir de scène en me traînant. Je n’ai pas envie d’arrêter, parce que c’est ma vie. C’est notre vie à tous dans Priest. Pour certains d’entre nous, particulièrement Glenn, ça a été terriblement difficile de nous enlever ça. Il reste actif, Dieu merci. Tant que ce truc sous cette barbe de Père Noël [il montre ses cordes vocales] fonctionnera, je continuerai.

« Je suis fan de groupes comme Obituary, Behemoth, Emperor et Immortal. J’adore ce genre d’extrémités dans le metal, mais tout vient des mêmes racines du metal. »

En parlant de ça, je me souviens avoir vu une interview d’Andy Sneap où il disait que tu ne t’échauffais pas avant de chanter – tu prenais juste une tasse de thé. Comment diable ta voix peut-elle encore sonner ainsi cinquante ans après si tu ne t’échauffes pas ?

C’est de la technique et du style. De même, quand nous élaborons une setlist, je fais attention à ne pas tout de suite me jeter à l’eau. Nous pourrions commencer le concert avec « Painkiller » mais ce serait la mauvaise chose à faire parce qu’on garde l’énorme passage épique pour le placer vers la fin du concert, car c’est ce que veulent les fans. Si on commence le concert avec tout ça, c’est très difficile ensuite d’atteindre un paroxysme. C’est juste une technique. Ce que je fais maintenant, probablement plus que jamais, c’est que je demande aux gars d’être indulgents avec moi pendant les deux ou trois premiers morceaux, pour que je puisse me mettre dans le bain. C’est comme ça que ça doit se passer pour moi. Certains chanteurs sont différents, ils peuvent y aller et d’emblée crier. Quand je sais que je dois utiliser ma voix au mieux de ses capacités pendant quatre-vingt-dix minutes ou deux heures, en tenant la cadence et tout, c’est juste du style et de la technique, ça fonctionne comme ça pour moi.

Tu as cinquante ans de carrière et tu as eu une énorme influence dans la formation du metal tel qu’on le connaît. Quel est ton avis sur la scène metal aujourd’hui ? Vois-tu d’un bon œil son évolution ?

C’est une bénédiction quand on pense à lorsque nous avons débuté dans Priest au commencement d’un genre musical ; quand vous venez voir Judas Priest, vous voyez des gars qui ont vraiment inventé un genre musical. Imaginez-vous aller à un concert, comme quand j’ai vu certains des premiers bluesmen venir au Henry’s Blueshouse à Birmingham. Ces gars ont tout commencé. Tout vient du blues. Il en est de même du Priest. Quand vous venez voir Judas Priest, nous sommes les initiateurs. C’est tout simplement magnifique, c’est un miracle, dans une certaine mesure, de voir où tout a commencé en 1968-1969 et où ça en est en 2021 – on dirait Star Trek – et tout ce qui s’est passé entre-temps. Ça fait battre encore plus fort mon vieux cœur, j’adore. J’adore comment ça a évolué, surtout avec certains des domaines plus extrêmes du metal. Je suis fan de groupes comme Obituary, Behemoth, Dimmu Borgir, Emperor et Immortal. J’adore ce genre d’extrémité dans le metal, mais tout vient des mêmes racines du metal.

Le heavy metal a-t-il toujours le même effet sur toi que quand tu débutais ? N’en as-tu jamais eu marre ?

Dieu merci, ça ne m’est jamais arrivé. Je suis toujours excité, j’ai toujours les mains moites, j’ai toujours de l’adrénaline rien qu’en écoutant des groupes sur mon iPad. C’est un truc vraiment pur et instinctif pour moi en tant que musicien metal, je suis tellement content que ça ne soit jamais devenu superficiel. Parfois, on vit la vie, c’est un nouveau film mais on connaît à l’avance ce qui va se passer dans le film. Je n’ai jamais ressenti ça. Il s’agit de faire avec certains éléments artistiques qui composent notre vie. Il peut y avoir un peu de redite, mais on peut raconter une histoire un million de fois et à chaque fois, ce sera différent. C’est notre grande valeur quand on est musiciens et il faut l’apprécier. Les opportunités sont infinies et grâce à ça, il n’y a pas de stagnation. Je suis tellement content de ne pas être l’une de ces personnes cyniques, blasées par tout. Pourquoi diable le serais-je ? Je m’épanouis grâce à tout ce qu’on aime faire dans le heavy metal. Je porterai toujours la bannière et le flambeau du heavy, en faisant en sorte que sa flamme brûle avec éclat dans le futur.

Voilà de belles paroles pour clore cette interview. Merci d’avoir pris le temps. Ça a été un plaisir. J’espère qu’on pourra te revoir bientôt sur scène.

Oui, moi aussi ! J’étais tellement triste quand nous avons appris que le Hellfest devait être réorganisé pour l’année prochaine. Mais un instant c’était Noël et maintenant, c’est déjà la mi-mars ; cette année va filer à toute vitesse ! Nous allons revenir dans ce magnifique pays qu’est la France pour voir tous nos metalleux français et on va revivre de bons moments !

Interview réalisée par Tiphaine Lombardelli.
Retranscription : Emilie Bardalou.
Traduction : Nicolas Gricourt.

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