"Alain Bernard se confie assez facilement " Antoine Grynbaum à la FFN

Mardi 10 novembre, le champion olympique du 100 m nage libre à Pékin en 2008, Alain Bernard, sort son autobiographie chez Talent Sport. Une oeuvre co-écrite avec le journaliste Antoine Grynbaum pendant près de six mois. Un livre dans lequel l’ancien nageur tricolore n’élude aucun sujet et revient avec sincérité sur sa vie en équipe de France. Nous avons rencontré Antoine Grynbaum qui nous en dit davantage sur la genèse de l’ouvrage et le travail qu’il a réalisé avec Alain Bernard.

Comment est née l’idée de ce livre ?

J’ai interviewé Alain pour mon livre « Nos grands champions se souviennent ». J’ai trouvé l’entretien très intéressant et je lui ai demandé s’il avait déjà pensé à écrire son autobiographie. Il m’a dit que c’était une réflexion qu’il avait déjà eu mais que ça ne s’était pas fait pour une question de timing. Notre échange a eu lieu en début d’année 2020 et je l’ai recontacté à la fin de l’été 2020. Après une longue discussion il m’a dit qu’il se sentait prêt, que c’était le bon moment et qu’il avait des choses à dire. Il voulait vraiment se confier sur son parcours, rendre à la natation ce qu’elle a pu lui apporter et laisser une trace pour les futures générations de nageurs. Il souhaitait raconter sa vie, sa quête du titre olympique, sans tomber dans le buzz.

Comment a-t-il été construit ?

Quand on écrit un livre, on sait qu’il va se vendre sur quelques bonnes pages. Sur les 300 pages du livre, les médias retiennent généralement quatre ou cinq passages marquants. C’est ce qui donne envie aux lecteurs d’acheter un livre. Nous avions un contrat moral où il ne s’agissait pas de faire du buzz, mais de donner certaines clés et d’expliquer que dans telles ou telles situations de conflit, il y avait des choses à travailler et à améliorer pour que ça ne se reproduise plus. Que ce soit au sein de la natation tricolore mais aussi du sport français de manière plus générale. Je lui avais expliqué qu’il allait devoir se livrer et se « mettre à table ».

S’est-il confié facilement ?

Ce qu’il a aimé dès le début, c’est qu’il a compris que je ne le lâcherai pas. Il savait que je ferai en sorte de lui tirer les vers du nez. Alain est quelqu’un qui se confie assez facilement. L’idée était que ce livre lui ressemble et lui corresponde. C’était important de retranscrire l’ensemble des situations avec des mots qui collent à sa personnalité. On a très vite été en phase et j’ai parfois eu besoin de le relancer sur certaines situations mais globalement ça a été très fluide.

Combien de temps s’est écoulé entre l’idée du livre et la fin de la rédaction ?

Il a d’abord été question de vendre le livre à une maison d’éditions. Ensuite, pour ce qui est du travail d’écriture pur et dur, ça a pris six mois. On a commencé fin mars et on a terminé fin août début septembre, à raison de quatre à cinq heures d’entretien par semaine, soit en physique soit par téléphone.

Cela a donc nécessité une certaine rigueur.

Alain savait qu’il faudrait en passer par là. Il s’est toujours montré disponible et on s’est donné le temps de faire ça de la manière la plus professionnelle possible. Il a vraiment joué le jeu et je lui ai dit que je l’admirais pour ça, parce qu’il a visité et revisité des moments parfois très durs de sa carrière et de sa vie. Des situations pénibles parfois traumatisantes comme le drame qu’il a vécu lors du tournage de l’émission Dropped où Alexis Vastine, Florence Arthaud et Camille Muffat sont décédés dans un accident d’hélicoptère.

Des événements sur lesquels il ne s’est jamais confié auprès des médias. Tout comme la déception engendrée par la deuxième place du relais 4x100 m nage libre à Pékin en 2008.

Il y a d’ailleurs toute une partie d’un chapitre consacrée à sa relation avec les médias. Il a toujours eu une relation très correcte avec les journalistes qui le suivait. Je ne suis pas certain que l’affaire du relais de Pékin l’ai vraiment traumatisé. Sans dévoiler ce qu’il y a dans le livre, il y a des événements qui ont été bien plus pénibles à vivre. Alain fonctionne beaucoup à l’affect et est dans l’humain. Ce sont plutôt les relations parfois très mauvaises qu’il a eu avec d’autres nageurs tricolores qui lui ont pesé, parce que ce qui était important à ses yeux, c’était que le climat soit bon en équipe de France. Pour lui, cela permettait à tout le monde de performer.

Comment le projet a-t-il été accueilli par les maisons d’éditions ?

Il y a deux exemples opposés. Une maison d’édition avait besoin de quelque chose de plus développé que le plan que l’on avait présenté et ça ne s’est pas fait. Et une autre, Talent Sport, nous a donné sa confiance très vite en regardant brièvement le plan. Ce qui est certain, c’est que le nom d’Alain Bernard est encore très marquant en termes de notoriété et peut suffire à convaincre une maison d’éditions.

Cette autobiographie se concentre t-elle sur Alain Bernard le sportif ?

On voulait avoir deux entrées dans le livre: l’humain et le sportif. Il y a à la fois l’homme qui se raconte au travers de ce qu’il a vécu en équipe de France, de ses histoires privées, de sa place dans l’émission Dropped. Il y a un témoignage de sa maman, de proches également. Et il y a sa vie de sportifs avec des performances connues de tous.

Quels ont été les premiers mots d’Alain à la lecture finale du livre ?

Alain est quelqu’un de très académique et organisé. À la fin de chaque chapitre, je lui envoyais et il le lisait. Une fois terminé, il a relu tout le livre. Il avait à coeur de lire petit à petit les chapitres. Il m’a confié avoir ressenti de l’émotion. Il fonctionne à l’affect et je sais qu’il a été ému par les mots de ses proches dans le livre. Ce n’est pas le parcours d’un génie de la natation à la Laure Manaudou. Il s’est construit dans la difficulté dans le cadre d’une relation fantastique avec Denis Auguin. À force de travail, d’intelligence, il a franchi les étapes une à une.

Le livre est-il préfacé ?

Le livre est préfacé par Roxana Maracineanu. Son discours est très intéressant. Elle était en fin de carrière quand Alain a débuté la sienne. Elle le raconte bien alors qu’ils ne se connaissent pas tant que ça. Elle signe une préface pleine de respect et d’admiration.

Propos recueillis par Jonathan Cohen pour la Fédération Française de Natation.