La Provence : Alain Bernard version intime

L'Aubagnais, double champion olympique, se confie dans son autobiographie "Mon destin olympique".

Le 14 août 2008, sa performances et ses immenses bras ultra-musclés sont entrés dans la légende du sport français. Ce jour-là, à Pékin, Alain Bernard est devenu le premier (et toujours seul) champion olympique tricolore du 100m nage-livre. Roi de la distance reine, le natif d'Aubagne bascule alors de l'anonymat des bassins à la médiatisation à grande échelle. 

Retiré de la natation depuis 2012, après un nouveau sacre au JO de Londres avec le 4x100m masculin, le Provençal (38 ans) livre aujourd'hui son destin olympique : une autobiographie dans laquelle il retrace avec ses mots, simples, justes et touchants, son parcours, les embûches qu'il a affrontées, son attachement à la région, ses succès. Il dévoile aussi sa grande sensibilité, sa timidité à l'école, ses complexes de jeunesse. Il trouvera l'eau "comme moyen d'expression" et révèle avoir été victime de harcèlement à l'adolescence. 

Celui qui héritera du surnom de "l'albatros" révèle une brève aventure avec Laure Manaudou à l'été 2006, parle avec douceur de son histoire avec Coralie Balmy. Il accorde une place importante à ses proches, sa maman Éliane (auprès de laquelle il mène publiquement un combat pour faire reconnaître une erreur médicale dont elle est victime), son épouse Faustine et ses amis d'enfance, David et Christophe. 

"Transmettre"

Se confiant "en toute authenticité", Bernard entame son avant-propos par l'émission Dropped, à laquelle il participait en Argentine en 2015. "Un traumatisme qui me poursuivra toute ma vie", résume-t-il, dédiant son ouvrage à Camille Muffat, Florence Arthaud, Alexis Vastine et aux sept autres personnes décédées dans un accident d'hélicoptères. Jeune, Alain Bernard avait deux idoles : "Chris Waddle et Alexandre Popov". Mais c'est auprès de Denis Auguin, son mentor, qu'il s'épanouira. "Une des clés de la réussite d'Alain tient à la relation si particulière qu'il entretenait avec son entraîneur historique", remarque l'actuelle ministre déléguée aux Sports, Roxana Maracineanu, auteure de la préface. Un binôme qui s'est rencontré au Cercle des Nageurs de Marseille, qui s'est soudé contre le "clan des Marseillais" (dont il parle beaucoup), et qui atteindra les sommets en s'exilant à Antibes. 

Il évoque aussi les vicissitudes en équipe de France, surtout après 2010. Il y est question de dopage, des doutes qu'il a émis sur certains nageurs et la suspicion dont il fut l'objet en 2008 quand il a battu trois records du monde. Il révèle avoir eu recours à des AUT (autorisation d'usage à des fin thérapeutiques) pour "suivre un traitement de Ventoline et se salbutanol pour lutter contre mon asthme" mais annonce : "Je dors sur mes deux oreilles". Intronisé au Hall of Fame de la natation mondiale en 2017, Alain Bernard a aujourd'hui plusieurs casquettes (stages de natation, intervention en entreprises, conseiller municipal à Antibes...) mais veut s'atteler à une mission : "Transmettre mon parcours, celui d'un sportif, parti de si loin, sans talent particulier mais qui grâce au travail et à sa ténacité, avec un peu de chance, a su forcer son destin, se construire la vie de ses rêves".

Verbatim 

"Comblé au-delà de mes rêves les plus fous"

L'émission Dropped. "Je voulais me prouver quelque chose, comme un nouveau défi sportif. J'imaginais ainsi découvrir des facettes de moi-même jusque-là inexploitées. [...] À quoi peut tenir une existence ? Pourquoi eux et pas moi ? Le traumatisme, l'injustice, le destin, la chance. [...] J'eus bien du mal à encaisser cet accident épouvantable. Je devais me réinventer."

Le Cercle des Nageurs de Marseille. "Cette notion de clan existait chez les "Marseillais" et si tu n'en faisais pas partie, tu le ressentais". "En 2005, Romain Barnier mit un terme à sa carrière et fut nommé dans la foulée directeur sportif du CNM, placé entre la direction et Denis Auguin, une situation qui devint rapidement invivable. [...] Deux caractères difficilement conciliables. Ce conflit avec Romain Barnier laissera des traces jusqu'aux JO de Rio 2016." "Mon départ fut pour le moins conflictuel. [...] Mon déménagement au CN Antibes fut capital dans ma quête olympique."

L'équipe de France à partir de 2010. "Certainement la plus belle équipe de France de tous les temps mais en interne régnait une ambiance bien moins amicale. Accrochages, règlements de comptes, individualisme exacerbé, les luttes d'ego prendront le pas sur l'intérêt collectif." Lacourt ? Un "personnage à part qui contribuera à la visibilité de notre sport, personnage qui contribuera à la visibilité de notre sport, personnage people qui aura des comportements désagréables à mon égard et avec qui je finirai par m'expliquer bien trop tard. [...] Son comportement clanique avec ses copains de Marseille et ses attitudes ultra-individualistes me déçurent."

Le dopage. "Que ce soit aux cartes ou à la pétanque, je n'ai jamais supporté les tricheurs. Affaire d'éducation. À quinze ans, j'ai eu une révélation en me regardant dans la glace : soit j'y arriverais en restant propre, soit je n'y arriverais pas. Dans toute ma difficile ascension jusqu'au plus haut niveau, je n'ai jamais dérogé à cette règle. [...] Les seules vitamines que je prenais étaient emballés dans du papier rouge et blanc et très fortement chocolatées. Positif au Kinder Shoko-Bon, échantillon A et B !"

Sa carrière. "L'échec injuste et cruel des Jeux d'Athènes 2004 [...] fut hautement salutaire pour la suite de ma carrière." L'or olympique avec le relais 4x100m NL en 2012 ? "J'étais autant fier que soulagé de finir sur cette dernière note dorée. Ma vie de nageur m'avait comblé au-delà de mes rêves les plus fous."