Ouest-France : les extraits exclusifs d'Une année dans ma roue dans Prolongation...

Arnaud Démare a publié un livre dans lequel il retrace le fil de saison. Intitulé Une année dans ma roue (publié avec Mathieu Coureau aux éditions Talent Sport), il s’agit d’un prolongement des chroniques qu’il réalisait l’hiver dernier pour Ouest-France et Prolongation. Aujourd’hui, il porte un regard neuf sur quelques extraits de l’ouvrage.

C’est l’histoire d’une saison. L’histoire d’un témoignage entamé à la fin de l’année dernière, à travers des chroniques pour Ouest-France et Prolongation. Un exercice qu’Arnaud Démare a prolongé sur l’ensemble de son année 2021, avec des chroniques compilées dans un livre intitulé Une année dans ma roue, publié ce mercredi avec Mathieu Coureau, aux éditions Talent Sport. Des chroniques et un témoignage forts, dont Prolongation partage en exclusivité quelques extraits sur lesquels le coureur de Groupama-FDJ a accepté de revenir, à tête reposée, en plein cœur de ses vacances.

Sa vie à part

« J’ai ma routine, les matins d’hiver. Je suis un gros dormeur, neuf ou dix heures par nuit, c’est le bon tarif. Peut-être un peu moins quand je suis à la maison, mais généralement, en course, avec la fatigue, je dors beaucoup. Quand Morgane ne travaille pas, le week-end notamment, j’aime bien que l’on petit-déjeune ensemble. On prend le temps. L’hiver, je ne pars pas rouler avant 10 h 30 ou 11 h. J’attends les heures les plus chaudes, si l’on peut dire, car le climat en Picardie est un peu rude à cette période de l’année. C’est rare, mais parfois la route est gelée et je n’ai pas d’autre choix que d’attendre. Je jette un œil par la fenêtre, je regarde la couleur de la terrasse, si elle a blanchi durant la nuit ou pas. Quand Morgane travaille, qu’elle est partie plus tôt le matin, elle me prévient si elle repère des endroits potentiellement dangereux. Je reçois des sms de ma mère aussi, qui me dit : « Attention Nono, la route de Beauvais est glissante. » J’ai mes petits espions qui seraient comme en avant-course, qui s’en vont travailler à 8 h 30.

Morgane part et je me retrouve seul, donc. On pourrait parler de solitude, mais je n’aime pas trop ce terme. Disons que je me retrouve au calme. Ça ne me pèse pas. J’aime bien mon autonomie, j’aime bien être seul. J’aime bien faire ma petite vie. À moi le calme, à Morgane la solitude quand c’est moi qui pars en stage ou en course, la nuance est importante. Les premières semaines de coupure, je n’ai pas de plan d’entraînement. Mais j’aime quand même faire fonctionner un peu les jambes. Alors, je marche. J’aime les sorties à VTT. On roule avec quelques amis, dans la forêt de La Neuvilleen-Hez, c’est beau, ludique, proportionné pour s’amuser deux heures. Je pourrais peut-être pousser à trois heures sans tourner en rond dans les bois mais au-delà ce serait juste. On se donne rendez-vous à la maison ou sur Beauvais avec les cousins et des copains. J’emmène mon père aussi, car techniquement il va bien comme on dit.

On est quatre ou cinq, on s’attend, on se tire la bourre, on monte des bosses à bloc, on se fait des sprints. Je me refais gentiment la caisse comme ça. Une fois ma sortie terminée, je rentre. Morgane n’est pas là. Je me prépare ma petite collation. Je mange. Quand tu reprends l’activité, le corps a tendance à te lâcher. Je me retrouve alors à comater l’après-midi dans le canapé alors que je n’ai fait qu’une heure et demie de sortie, c’est-à-dire pas grand-chose. Je regarde la télé, ou plutôt c’est la télé qui me regarde. Je laisse aller. Morgane rentre, on fait la popote pour le soir. On vit très simplement. »

Ce qu’en dit Arnaud Démare : « J’avais commencé les chroniques à la fin du mois de novembre, à la reprise. Je suis encore en mode coupure donc je fais un peu ce dont j’ai envie. Pour l’instant, je n’ai pas encore repris l’activité physique. Le vélo, je n’y ai pas encore touché. Je suis entre les deux, entre la pré-reprise et les vacances encore. Le fait de rester un mois et demi chez soi, en continu, comme ça, ça fait du bien. Car entre août et octobre, j’ai dû passer trois semaines à la maison.

Reprendre ses habitudes à la maison, c’est régénérant. Ce sont les absences à la maison qui font aussi que ça s’enchaîne, que c’est dur, que tu n’as pas le temps de te poser. Je dis que je suis un gros dormeur mais là, je dors moins. Après, ça va de pair parce que je suis moins fatigué. Quand je m’entraîne fort, j’ai vraiment besoin de dormir. On a faim aussi. Je n’ai pas un appétit de fou, je ne me lève pas tard. »

L’autonomie

« Gran Canaria, c’est un stage que je fais de mon plein gré, un stage personnel que j’entreprends à mes frais afin de m’entraîner dans les meilleures conditions possibles. Je dis ça parce que les gens pourraient penser que tous nos stages sont pris en charge et organisés par nos équipes. Non, ça ne se passe pas comme ça dans la vraie vie de tous les jours des coureurs cyclistes. La pandémie mondiale a bouleversé pas mal de choses, mais nous évoluons malgré tout, tout au long de nos saisons, dans une grande autonomie.

Tous les coureurs de l’équipe Groupama-FDJ sont éparpillés aux quatre coins de l’Europe. Nous habitons loin les uns des autres, nous ne bénéficions pas d’un centre d’entraînement à l’instar des footballeurs par exemple, pour lesquels tout est mis à disposition, chaque jour, pendant toute une saison. Si Julien m’envoie mes programmes d’entraînement chaque semaine, finalement, les seuls moments où nous disposons des moyens logistiques et humains dont nous avons besoin, c’est pendant les courses. Le reste de l’année, donc, il convient de s’organiser au mieux. Comme si on était, chacun, à la tête de sa propre entreprise. Entendez par là que tout ce que j’investis, je le fais pour moi-même. J’investis pour me donner les meilleures conditions d’entraînement possibles. »

Ce qu’en dit Arnaud Démare : « On est autonomes depuis très tôt, enfant. S’il n’y a pas les parents, les grands-parents, l’oncle qui emmènent les enfants sur les courses, malheureusement il n’y a pas grand monde qui le fait. C’est souvent très tôt qu’on a cette autonomie. Nous, c’est une autonomie très jeune. Il faut avoir de l’application très jeune et ça continue après, même chez les pros, où les stages de l’équipe sont très bien, mais quand on cherche plus, qu’on ne veut pas s’entraîner dans le froid en Picardie et qu’on sait que ce n’est pas forcément bénéfique pour la récupération, on se déplace, on va chercher le soleil, le dénivelé et on travaille.

 

Ça, c’est de l’implication personnelle à côté. C’est ce que je dis à un moment donné : « Comme si on était, chacun, à la tête de sa propre entreprise. » C’est nous qui gérons. Si je décide de ne pas aller rouler, la condition se dégrade, la performance sera mauvaise et dernière tu n’as pas de contrat. C’était important d’en parler. Je voulais évoquer mon quotidien et mon quotidien, c’est aussi ça. Je pense que les gens ne se rendent pas compte, donc ça surprend. Mais ça fait partie de notre quotidien et de notre vie de cycliste. C’était important d’en parler. »

Hors délais

« Dimanche 4 juillet 2021, Cluses-Tignes. Étape dantesque. Pluie. Froid. Dénivelé. Ben O’Connor s’impose. Arnaud termine à 41’38’’, hors délais comme six autres coureurs dont Jacopo Guarnieri. Pas de repêchage.

1 h 56. Je suis déçu, là. Très déçu. J’ai envie de partir loin avec Morgane, n’importe où, partout, mais loin. Je ne sais pas ce qu’on va faire ni quand je retoucherai à mon vélo. Je reçois plein de messages. Tout le monde me souhaite un bon repos, mais je ne suis pas fatigué ! C’est dur, là. Très… »

Ce qu’en dit Arnaud Démare : « La mise hors-délais, c’était une très grosse déception. Forcément, je me voyais briller. Tout le monde me parlait du maillot vert, j’avais énormément d’attentes autour de moi. Au final, tu sors sans avoir rien fait. Tu es déçu de toi et tu sais que tu as déçu tout le monde. À ce moment-là, c’est une déception qu’il faut digérer. C’est dur, tu as envie de te cacher, de te reposer la tête. On sait que le Tour de France, quand tu le prépares, tu l’as mis en tête.

Je savais depuis décembre que j’allais le faire. Pendant six mois tu y penses, à chaque course en allant chercher des résultats. Tu sais que ce sera l’objectif principal. Tu es content, tu gagnes aux Boucles de la Mayenne, à la Route d’Occitanie, mais l’objectif c’est le Tour et c’est là qu’on t’attend. Tu es conditionné, préparé à tout ça, et au final c’est un échec. Tu as envie de te déconnecter de tout ça et de la pression que tu as eue pendant des mois. Tu as envie de partir, et de te cacher presque. Je dis que je ne suis pas fatigué. Ce jour-là, je n’étais pas à mon niveau, mais le lendemain, je pouvais continuer le Tour. À la différence de 2017 où j’étais malade et il était temps que ça s’arrête. Là, je ne pouvais en vouloir qu’à moi-même. C’est pour ça qu’il y a une remise en question. Tu cherches d’abord à te cacher et derrière, je repars avec la Vuelta dans la tête.

C’était assez étrange de parler comme ça. Habituellement, je suis quelqu’un qui va de l’avant et qui ne revient pas sur ce que je fais. Remettre des mots et des émotions sur ce que je faisais, au contraire, c’était vraiment cool. Je parlais de victoires, je reparlais de moments passés à l’entraînement avec Morgane sur mon quotidien heureux. Il y avait aussi mon quotidien où ça n’allait pas et là, finalement, tu n’oses pas parler de tes faiblesses. Dans le livre, c’est ce dont je parle aussi. J’ai vite pris confiance mais au début ce n’était pas évident de parler de ses faiblesses. Tu sais que ça va être lu. Puis au fur et à mesure tu parles de tes faiblesses. Et puis ça fait aussi partie de la vie de tout le monde, même si on passe à la télé, qu’on est interviewé, ça remet un côté humain à l’athlète. »

Ben Hur

« Surlendemain de l’étape dantesque entre Cluses et Tignes, et de sa mise hors délais. Arnaud est arrivé hier soir à la maison. Émotions singulières, tout qui se bouscule. Il est 8 h 30, ce matin-là.

C’est le lendemain à la gare de Saint-Sulpice, près de la maison, devant Morgane, que j’ai tout pris en pleine face. On s’est pris dans les bras. Dans la voiture, on ne se parlait pas trop, on se tenait la main. Les gouttes de pluie sur le pare-brise. La soirée a été silencieuse, j’étais fatigué. Je la sentais émue, les yeux humides. Ça m’a miné parce que moi, je voulais la faire vibrer, Morgane. Elle était habitée par un sentiment d’injustice très fort, de dégoût même.

Moi pas. Elle me disait que ce Tour ressemblait à des Hunger games. On filme des chutes, des gens qui sourent, on fait des gros plans sur les bandages des coureurs, les épaules et les hanches abîmées, le sang. Et on se réjouit de ça, elle disait. Elle a détesté ce côté jeux du cirque, course de chars de Ben Hur, ce côté arène qu’elle a senti plus que jamais cette année. L’organisation n’y était pour rien, c’était simplement une atmosphère. À l’heure de la lutte antidopage, de l’écologie, elle me disait qu’on en oubliait presque la santé des coureurs, qu’ils avaient tous des têtes à faire peur dimanche à Tignes, même ceux qui étaient arrivés vingt minutes avant moi… Qu’à trop vouloir fabriquer des surhommes, ça en devenait malsain, dangereux. Je me pose plein de questions depuis hier. Plein. Qu’est-ce que je peux faire de plus ? Qu’est-ce que je peux améliorer ? Est-ce que je dois aller habiter à la montagne, grimper plus de cols à l’entraînement ?

Prendre des cétones comme d’autres, ce qui est proscrit pour le moment dans notre équipe ? On a discuté de ça avec Jacopo dimanche soir. Après tout, ce n’est pas interdit. J’ai l’impression parfois de manger de la salade pendant que d’autres bouent des pâtes. Et on doit faire la course ensemble. On n’aime pas parler de dopage ni des autres avec Jacopo, on se dit qu’on doit d’abord se concentrer sur nous avant de parler des autres. On ne sait pas si les cétones suffisent, ni comment ça marche. Mais ça parle dans le peloton. On sait que certains ont fait toute leur préparation avec ça, en altitude, qu’ils ont perdu trois kilos et qu’ils récupéraient mieux, que ça les poussait. On sait qu’il y a quelque chose, notamment chez les sprinteurs. L’année dernière, Ineos et les Jumbo se faisaient la guerre. Cette saison, plusieurs équipes sont au même niveau. On voit même des sprinteurs faire des performances inattendues en montagne, voire hallucinantes, monter le col de la Colombière sur le grand plateau. Moi, je commence à mettre le grand plateau à 27 ou 28 km/h. Dans la Colombière, j’étais à 12 km/h… Bref, je suis peut-être injuste. »

 

Ce qu’en dit Arnaud Démare : « Ce moment-là, c’est une photo sur l’instant T de ma déception. J’en veux à tout le monde, en premier lieu à moi-même. Je vois des mecs qui marchent en montagne et tu te poses des questions sur plein de choses. Tu sais que les cétones ça existe, nous, on n’en prend pas dans l’équipe puisqu’on est membre du MPCC (Mouvement pour un cyclisme crédible). C’est interdit par les règles que l’on se donne. Même moi je ne sais pas les effets que ça a.

Tu te poses des questions pour aller mieux. Ce sont des choses auxquelles je ne pense pas seul. Je suis en conversation avec Jacopo dans la chambre. Tous les deux on est hors délais. On remet le monde en question. Sur le moment, je suis déçu, je me dis que je dois aller habiter à la montagne pour travailler les cols. Mais deux semaines après, quand je repars, je tourne la page et je ne me cache pas derrière tout ça. Je ne me pose pas en tant que victime, je travaille.

Je n’ai jamais pensé à tout ça pendant toute ma carrière. Mais à un moment donné, tu y penses. Ça dure un instant, cet instant au soir du Tour. Et après c’est oublié. Mais à ce moment j’y ai pensé, je l’ai dit, on l’a écrit. J’ai été franc et honnête d’écrire ce à quoi je pensais. D’un côté, je veux me reposer et de l’autre je veux repartir vers d’autres objectifs, c’est ça qui est contradictoire. Tu as envie de dire qu’on te redonne un dossard et de l’autre tu veux aussi tout plaquer et récupérer. »

En Enfer

« Trois jours après la 34e place d’Arnaud sur un Paris-Roubaix dantesque. Veille de Paris-Bourges. Entre séquelles, flashes et envie. Ton léger, drôle.

Je n’aime pas trop les métaphores guerrières, mais ça faisait vraiment champ de mines. Tu roulais, et tout à coup, boum, un vélo sautait au loin, puis tu croisais une moto en vrac dans un champ, des cameramen sur le dos (à eux aussi, il faut tirer un coup de chapeau), une voiture renversée dans le fossé. Tu entendais des mecs rouler sur la jante parce qu’ils avaient crevé, ça faisait un bruit énorme. Et tu traçais ton chemin au milieu de tout ça. « Un de moins. Je suis encore là ! » Y’en avait partout… Je n’avais jamais vu ça.

Une réflexion, pour en finir avec cet Enfer du Nord : on souffre toujours sur un Paris-Roubaix. Toujours. Les images, le côté dantesque et historique de cette édition, notre « maquillage », ont sans doute démultiplié l’admiration des spectateurs et des téléspectateurs.

Mais je dois vous dire une chose : proportionnellement, je ne crois pas que la souffrance ressentie l’a été autant que vous l’avez imaginée. Oui, ça a été dur, mais pas au centuple. On a parfois tendance à vouloir jouer de ça, nous, de se glorifier un peu, question d’image, de vanité. Mais ce n’est pas utile et pas vrai. Cette année, il y était question d’équilibre, d’acrobatie, de glisse plus que de puissance pure, de poussière et de vibrations à n’en plus finir. Quoique certains ont réussi à allier glisse et grosse puissance. Bref, ce que je veux dire, c’est que n’importe quel Paris-Roubaix est un enfer. »

Ce qu’en dit Arnaud Démare : « Paris-Roubaix, c’était impressionnant car c’était humide mais comme je le dis, tous les Roubaix sont difficiles. J’ai autant souffert sur un Roubaix sec que sur celui-là. C’est sûr que visuellement c’était impressionnant et ça accentue nos émotions, nos visages. Mais c’était pour dire que Paris-Roubaix, que ce soit sec ou humide, la souffrance est égale. C’était impressionnant de ce qu’on trouvait sur la route sur laquelle on roulait, mais en termes de physique et de souffrance, c’est là où je fais la nuance. En termes de douleur physique, je ne dis pas que c’était identique, mais il n’y a pas énormément de différence. »

Épilogue

« Ce n’est jamais linéaire et c’est douloureux, une saison. Ce n’est que très rarement un empilement de victoires. Ça ressemble à un secteur pavé, ça tape, tu tombes, tu es en haut, tu te bats pour y rester, tu glisses, tu reviens. Mais je vous assure que c’est drôlement beau. J’y prends beaucoup de plaisir.

J’aime ce métier. Je n’ai jamais l’impression de travailler, je suis salarié d’une équipe responsable, mais très autonome au quotidien. C’est précieux. Et puis… Peut-être que les gens peinent à le comprendre, mais moi j’aime me coucher tôt. J’aime être fatigué, j’aime avoir tout donné. Quand je roule, j’aime sentir le soleil sur ma peau, le vent qui me caresse, l’odeur de la pluie. J’aime manger bien, j’aime les légumes de pleine terre, j’aime les fraises. J’aime le petit-déjeuner. Je prends tout, je vis tout. Je me sens libre sur mon vélo. Être un champion ne se décrète pas. Il faut bien sûr avoir des qualités physiques, mais je crois surtout que ça se construit pas à pas. »

 

Ce qu’en dit Arnaud Démare : « Au final, c’était douloureux par moments, heureux à d’autres, mais je suis heureux de ce que je fais. Je suis heureux sur un vélo. Je suis un passionné. Bizarrement, quand je relis ce livre et que j’en parle, quand je le clôture c’est aussi un message d’encouragement. Tout le monde peut s’y retrouver. Il faut se battre et ne jamais rien lâcher.

La victoire à Paris-Tours conclut super bien la saison et le livre. Ça, je ne pouvais pas le prédire, je ne pouvais pas l’inventer. Je l’ai fait et après je peux en parler. Cette fin de livre avec Paris-Tours et cet épilogue, c’est vraiment le côté où, finalement, je l’ai fait, et c’est reparti. Cette victoire a fait du bien. Je disais que j’étais bien physiquement mais je n’avais pas la clé, pas la réussite. Ça ne voulait pas. On pouvait ne pas me croire, mais avec Paris-Tours, je l’ai prouvé à tout le monde.

La chose la plus difficile a été de parler de mes sentiments, ce que je ressens en étant le plus honnête possible. Si c’était pour raconter ce que les gens veulent entendre, ce n’était pas le but. Quand je dis que je suis écœuré, heureux, que je suis libéré quand je parle de Paris-Tours, c’est quelque chose qui fait un peu bizarre. Je suis plutôt pudique mais de parler comme ça de tout ce que je fais, ça reste un bel exercice. Ce sera pour mes enfants, ma famille un manuscrit ancré, et un beau souvenir. »

Article écrit par Arthur Pineau pour Ouest-France.